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6e Rendez-vous ethnologique de Salagon

****REPORT au ****
17 et 18 juin 2021
Musée de Salagon, le Prieuré, 04300 Mane

6e RENDEZ-VOUS ETHNOLOGIQUE DE SALAGON

L’appel à communications sera relancé à l’automne

MUSÉES ET RECHERCHE : ENTRE AFFINITÉS ÉLECTIVES ET MARIAGE DE RAISON

http://www.musee-de-salagon.com/

Appel à communications

En collaboration avec le CRIA et l’IDEMEC (UMR 7307 AMU-CNRS)
« Un musée est une institution permanente sans but lucratif au service de la société et de son développement, ouverte au public, qui acquiert, conserve, étudie, expose et transmet le patrimoine matériel et immatériel de l’humanité et de son environnement à des fins d’études, d’éducation et de délectation. » Statuts de l’ICOM, art 2 § 1

Dans cette définition[1] des musées donnée par l’ICOM (International Council Of Museums), la recherche apparaît deux fois à travers le terme « d’étude » qui ne s’applique plus à la culture matérielle uniquement comme dans les premières définitions, mais au « patrimoine matériel et immatériel de l’humanité et (à) son environnement » : programme large et ambitieux qui montre à quel point le monde des musées cherche à élargir son horizon, au-delà des collections matérielles qui ont longtemps été l’unique centre de son activité.

Ce terme d’étude apparaît du reste deux fois, dans sa forme verbale et nominale. Avec le verbe, le musée est un acteur actif de la recherche qui est une de ses missions ; au travers du nom, il offre aux chercheurs des sujets ou des matériaux d’étude. On a vu au fil du temps de multiples partenariats entre l’Université et les musées : des chercheurs créer des musées, des laboratoires intégrés dans le projet muséal, des universitaires commissaires ou dont l’objet de la recherche est le musée et sa place dans la société.

Objet protéiforme, la recherche dans le musée se situe partout et nulle part : dans les informations] rassemblées pour préparer une exposition et les publications qui en rendent compte ; dans le travail des conservateurs qui documentent les œuvres ; dans les partenariats multiples entre Universités et musées… L’objet est insaisissable et ne répond pas aux mêmes définitions suivant la place où l’on se tient ou même le type de collection. Le rapport entre le concept et l’objet se déplace selon des gradients extrêmement variables : décrire et attribuer, est-ce faire de la recherche ? Comment dépasser un retour d’expérience pour alimenter une réflexion plus large ?

La recherche sur les collections et les objets, qui a été très étudiée et publiée – de la méthodologie aux méthodes d’investigation les plus innovantes – n’est pas l’objet de ce séminaire, ni l’amont de la recherche que sont l’acquisition ou, pour les musées d’ethnologie, la collecte – voire que furent autrefois les expéditions ethnographiques, lorsque les musées étaient encore le principal lieu d’institutionnalisation de l’anthropologie. Il s’agit davantage d’observer les différentes dynamiques à l’œuvre entre les acteurs et les objets (matériels ou conceptuels) qui gravitent autour des musées. Le séminaire vise à donner la parole aux personnels scientifiques, universitaires, scénographes, médiateurs, volontaires, publics qui investissent le champ de la recherche et se l’approprient chacun à sa manière à travers les collections et les nouveaux supports de médiation.

Préparer une exposition
Une exposition suppose un travail de recherche important : sur les œuvres ou les objets, mais aussi de façon plus large sur la problématique abordée. Les commissaires qui montent des expositions dans des musées de société organisent des enquêtes ethnologiques ou sociologiques, explorent les sources primaires des archives, des bibliothèques ou des fonds privés. Les musées scientifiques traduisent pour le public les avancées de la recherche fondamentale. Conservateurs et universitaires se partagent un terrain fécond selon des partenariats souvent singuliers, dont la richesse le dispute parfois à la rivalité. Les conseils scientifiques n’existent pas dans tous les musées : tutelle supplémentaire ou conseil à l’orientation, il joue un rôle complexe. Comment choisit-on un sujet d’exposition ? L’air du temps, l’exposition précédente, les rencontres, les nouvelles recherches, tout est susceptible de fournir une problématique qui va à son tour générer de la recherche ou permettre de synthétiser l’existant dans une présentation des théories qui forment l’état des connaissances au moment de l’exposition. Le public est avide d’expositions temporaires qui font événement, mais certaines belles endormies continuent de montrer une conception particulière du monde et de la science (pensons aux anciens muséums d’histoire naturelle). Car enfin les expositions rendent sensibles, bien plus que d’autres média, les rapports qu’entretiennent les sciences et le réel : il faut parfois le recul de l’exposition permanente vieillissante pour comprendre les récits que se jouent les sociétés dans les représentations muséographiques. Ce recul peut nous permettre aussi de comprendre les valeurs et les idéaux qui travaillent en sous-œuvre nos propres représentations.

Qu’écrit-on dans un catalogue ?
Le catalogue est le passage obligé d’une exposition qui vise un certain statut scientifique. L’objet est calibré. Il comprend des images (de bonne qualité et de taille suffisante) et du texte, et l’équilibre entre les deux le définit : trop de place pour les images, c’est un album, pas assez, un ouvrage scientifique. Le contenu des textes est extrêmement variable : parfois écrit par des scientifiques, parfois par des conservateurs, rarement par des médiateurs, il est souvent l’œuvre de spécialistes qui complètent le commissariat par des textes marquant là encore l’état de la recherche au moment de l’exposition. A qui sont destinés ces écrits ? Et qui les lit ? Les catalogues figurent souvent au rang des beaux livres qui trônent sur les tables basses, mis en valeur pour les illustrations et leur valeur symbolique plus que pour leur contenu. La fonction de ces catalogues, très appréciés du public, pose question, autant pour les institutions qui les produisent que pour ceux qui y publient des textes et ceux qui les regardent – à défaut de les lire.

Transmettre la recherche
Existe-t-il, dans un musée plus encore que dans le monde universitaire, des recherches non publiées, que l’on produit sans souhaiter (ou sans espérer) pouvoir les partager un jour avec le public ? Le musée est avant tout un lieu de transmission, où le public va découvrir ce que les commissaires ont considéré comme digne d’intérêt. Mais il ne s’agit plus de résumer sur des panneaux le contenu du catalogue. L’exposition devient la rencontre entre des idées et des supports sensoriels (parmi lesquels figurent les collections) qui permettent aux publics d’accéder aux concepts à travers une expérience qui mobilise l’être entier, et non seulement l’intelligence. Entre la recherche conceptuelle et l’exposition se positionnent les personnes dont la fonction va être de traduire, de différentes façons, la pensée en parcours, en images, en sons. Ce sont les muséographes, les scénographes et les médiateurs, pour qui la vulgarisation n’est pas seulement la simplification mais un transfert du discours dans un langage où sont convoqués les sens, le plaisir et la fameuse « aura » des œuvres d’art selon Walter Benjamin.

Mais, à l’époque de la reproductibilité technique de ces dernières, de la production massive et en série des objets du quotidien, de vastes flux culturels, de mouvements de populations et d’une progressive meilleure reconnaissance sociale de groupes minoritaires, qui détient l’autorité pour définir les objectifs et les modalités de la recherche – et, au fond, ce que doit être et faire un musée ? La question est particulièrement sensible en une époque où la notion de « participation » gagne une importance qui semble toujours croissante dans la vie sociale. Nul doute que, à l’occasion de ce 5ème Rendez-vous Ethnologique, professionnels des musées et ethnologues trouveront matière à débattre autour de ce questionnement – central dans les débats actuels autour de l’élaboration d’une nouvelle définition du musée.

[1] Cette définition est déjà contestée dans le milieu international des musées, et la discussion qui accompagne la validation d’une définition commune montre bien les évolutions en cours : https://icom.museum/fr/normes-et-lignes-directrices/definition-du-musee/

Comité organisateur

- Jean-Yves Durand, CRIA-UMinho (Braga, Portugal)
- Cyril Isnart, IDEMEC (Aix-en-Provence)
- Isabelle Laban-Dal Canto, musée de Salagon (Mane)
- Antonin Chabert, musée de Salagon (Mane)

Modalités de proposition des communications

Nous invitons ceux que le sujet intéresse, qu’ils soient universitaires, qu’ils travaillent dans un musée ou traitent de la thématique dans un autre cadre, à envoyer une proposition de communication.

Les propositions de communication sont à envoyer à Isabelle Laban-Dal Canto isabelle.laban-dal-canto@le04.fr et Antonin Chabert antonin.chabert@le04.fr sous forme numérique (Word), maximum 2 000 signes espaces compris.

Les intervenants retenus seront défrayés (voyage et hébergement).