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Séminaire de la Fabrique des autorités religieuses

Jeudi 31 octobre 2019,
MMSH, salle Duby, 9.30-12.30

De la fabrique des autorités religieuses (2019-2020)
Qualifications, légitimations et ancrages des « clercs » de l’islam, du christianisme et du judaïsme en Méditerranée

Usage vernaculaire des termes de l’autorité

Il s’agit ici d’une part d’interroger les termes utilisés pour désigner les autorités, tels que ouléma, clergé, patriarcat, consistoire, etc. dans une perspective linguistique et d’autre part de prêter attention à la place et les usages des langues dans la construction des autorités religieuses.

Présentations et discussions de et avec :
- Lisa Anteby, Michèle Baussant, Katia Boissevain, Marie-Alexandra Bianchi, Marie-Laure Boursin, Franck Fregosi, Vincent Geisser, Anna Grasso, Myriam Laakili, Françoise Lorcerie, Sabrina Mervin, Norig Neveu, Alix Philippon, Thomas Pierret, Benoît Fliche, Guillaume Sihlol

Responsable(s) scientifique(s) : Katia Boissevain (Idemec), Marie-Laure Boursin (CHERPA/Idemec), Franck Frégosi (CHERPA), Sabrina Mervin (CéSOR), Norig Neveu (Iremam).
Thématique : Réflexion interdisciplinaire sur les transformations à l’œuvre dans la construction de l’autorité des clercs religieux dans les trois religions du Livre et les conséquences sur leurs profils, leurs circulations, leurs modes de légitimation et leurs modes d’intervention dans l’espace public.
Mots-clefs : Autorité religieuse – Formation – Légitimation – Mobilité – Espace public.
La question de la formation des « autorités religieuses » peut faire débat dans des pays où religion et État sont séparés, quand elle s’y oppose, ou que lui-même s’impose. L’est-elle moins lorsque l’État se définit comme détenteur d’une légitimité religieuse ? La gestion de la diversité religieuse apparaît comme une problématique partagée et la plupart des États sont confrontés à l’émergence de revendications et attentes de la part des fidèles. Ceci d’autant qu’à partir de la fin du XIXe siècle, les institutions religieuses et leurs représentants connaissent d’importants changements qu’ils soient internes ou dus à des contraintes étatiques (loi 1905 pour la France, fin du califat ottoman, apparition du réformisme musulman, etc.) redistribuant leur implantations et prérogatives. Ils se trouvent parfois à négocier avec de nouvelles structures étatiques (régimes communistes, révolution iranienne et création de l’État d’Israël). Ces autorités religieuses sont pourtant, les premières à être confrontées et à devoir gérer la formation de leurs clercs.
Quelles sont les institutions de formation, quels curricula proposent-elles et à qui s’adressent-elles ? Parallèlement, quels sont les acteurs de la transmission et de sa pérennisation ? La formation des clercs sera ici considérée au-delà de l’institution, qui peut délivrer un diplôme professionnalisant, comme toute forme de transmission (par un maître ou familiale) d’un savoir érudit, mais aussi d’un charisme ou d’un savoir être, faire et dire. L’un des premiers constats établit par l’équipe organisatrice de ce séminaire est la multiplicité des curricula proposés aux clercs, y compris lorsqu’ils appartiennent à une même religion, même rite ou école juridique. Selon les périodes, les contextes historiques, les publics et les territoires concernés, différentes disciplines doivent être maîtrisées par les clercs : sciences religieuses, sciences humaines, savoirs encyclopédiques, enseignements soufis, maîtrise des langues. Dans ce contexte, les supports de la formation sont multiples et s’adaptent aux évolutions technologiques : prêches, initiations, cassettes, vidéos, sites internet, etc. Ces curricula sont révélateurs des attendes des institutions ou personnes qui les mettent en place : écoles traditionnelles, centres de savoir ésotérique ou exotérique, associations ou encore universités contemporaines. Ceci pose nécessairement la question du rôle du politique dans l’élaboration de ces curricula et interroge dans une perspective comparatiste l’idée d’une sécularisation de la formation des clercs et ses conséquences à différentes échelles. C’est également le lien entre dynamiques locales de formation et inscriptions des parcours dans des logiques transnationales qui sera investigué au cours des séances.
Ce séminaire inter-laboratoire propose ainsi d’interroger, de manière comparative, les transformations à l’œuvre dans la formation des clercs religieux et les conséquences sur leurs profils, leurs circulations, leurs modes de légitimation (islam, christianisme et judaïsme en Méditerranée et en Europe). Pour ce faire, une attention sera portée, selon les contextes, aux profils des clercs masculins et féminins quant à leurs qualifications. Ce qui revient à interroger les compétences en actes et les savoirs mobilisés. Ensuite, partant du constat de l’implantation transnationale des institutions et de leurs lieux de formation, nous analyserons les circulations des savoirs, des supports et des personnes. Comment à partir des centres et des périphéries, les clercs s’organisent-ils ou non en réseaux ? Comment cette structure hiérarchique mouvante marquée par la notoriété de certaines institutions et formateurs a-t-elle des incidences sur les modes de légitimations ? Nous nous intéresserons aux processus de légitimité organisés par les institutions et validés, ou invalidés, par les fidèles, sans oublier de nous interroger sur les nouvelles modalités d’intervention de ces clercs dans l’espace public comme de leurs rapports au champ politique.