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Journée d’études

Journée d'études

8 octobre 2019
9:30-17:00, Aix-en-Provence, Salle Georges Duby, MMSH

Quel avenir pour l’enquête de terrain ? Gestion des données et éthiques de recherche

Depuis le 25 mai 2018, le règlement général sur la protection des données (RGPD) est entré en vigueur dans tous les états membres de l’Union européenne. Plusieurs dispositions du règlement concernent directement la recherche et les pratiques de collection, archivage et usage des données scientifiques, en suscitant nombreux débats au sein de la communauté de chercheurs, en particulier sur le futur de l’enquête de terrain.
Pour faire face aux changements engendrés par le règlement dans les rapports entre le personnel de la recherche et les institutions, l’European Association of Social Anthropology (EASA) a rappelé, par exemple, la spécificité de la recherche
ethnographique. Selon l’EASA, la recherche ethnographique se caractérise par une coproduction des données avec les participants à la recherche, par un consentement qui ne peut pas être réduit à la signature d’un formulaire, car expression d’un processus continu, par une particulière attention aux modalités d’accessibilité aux informations collectées pendant la recherche, avec la possibilité de l’embargo, afin de protéger les sujets de la recherche. L’EASA a ainsi invité ses membres à faire appel à l’article 85(2) du RGPD qui prévoit la dérogation ou l’exception de certaines dispositions pour « concilier le droit à la protection des données à caractère personnel et la liberté d’expression et d’information ».
La gestion des données semble constituer la nouvelle frontière du rapport problématique entre la spécificité de l’enquête de terrain en sciences sociales et les tentatives de standardisation des principes éthiques de la recherche. Cette question est particulièrement présente depuis la fin des années 1980, lorsqu’aux États-Unis les sciences sociales ont été soumises à l’approbation de projets de recherche par des comités d’éthique, à l’instar des recherches en biomédecine (une décision prise ensuite par d’autres pays, comme le Canada et l’Australie). Selon de nombreux chercheurs, cette mesure a engendré des phénomènes de censure et/ou d’autocensure ayant pour effet la marginalisation des sujets de recherche susceptibles de ne pas obtenir l’approbation éthique.
Les dispositions sur la collection, l’archivage et l’accessibilité des données scientifiques s’inscrivent dans un scénario de plus en plus sombre pour les enquêtes de terrain. Au cours des dix dernières années, de nombreuses chercheuses et chercheurs ont été poursuivis en France et ailleurs, pour diffamation, pour avoir pris parti à des manifestations politiques
dans le cadre d’observations participantes, ou même pour les obliger à partager leurs données brutes. Les dispositions du RGPD, s’inscrivant dans ce contexte, pourront-elles devenir des nouveaux outils pour contraindre les enquêtes de terrain ? Comment garantir la protection des sujets d’étude tout en assurant la liberté de recherche ? Comment rendre les résultats de recherche accessibles sans compromettre le rapport de coproduction des données ?
Lors de cette journée d’études, nous nous interrogeons sur ces vieilles et nouvelles questions pour comprendre les marges d’action de l’enquête de terrain dans le contexte actuel, les transformations que les nouvelles dispositions sur les données personnelles pourront engendrer dans la recherche et les mesures que les chercheurs et les chercheuses peuvent adopter pour se protéger. Nous réfléchirons à ces enjeux avec la sociologue et anthropologue Florence Weber (École Normale Supérieure), le sociologue Frédéric Neyrat (Université de Rouen) et la déléguée du CNRS à la protection des données, Gaëlle Bujan. La discussion de leurs présentations sera assurée par le sociologue Mustapha El Miri (LEST) et les anthropologues Benoit Fliche (IDEMEC) et Ghislaine Gallenga (IDEMEC).

Programme
09h45
Introduction : Lucio Castracani (IDEMEC, LEST)
de 10h00 à 12h00
Présentation de Frédéric Neyrat (Université de Rouen)
La communication sera discutée par Ghislaine Gallenga (IDEMEC)
12H00
Pause déjeuner
de 13h30 à 15h30
Présentation de Florence Weber (École Normale Supérieure)
La communication sera discutée par Mustapha el Miri (LEST)
15h30
Pause café
de 15h45 à 16h45
Débat avec Gaëlle Bujan (CNRS)
16h45
Conclusion : Benoît Fliche (IDEMEC)

0rganisateur : Lucio Castracani
IDEMEC, Aix Marseille Univ, CNRS
LEST, Aix Marseille Univ, CNRS

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Affiche