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Appel à communication "Des possibles façons d’habiter"

Appel à communication "Des possibles façons d'habiter"

Date limite de soumission :
avant le 15 janvier 2019

Des possibles façons d’habiter

En collaboration avec le CRIA et l’IDEMEC (UMR 7307 AMU-CNRS)
20-21 juin 2019
Musée de Salagon - Mane

Dans un essai fondateur, Tim Ingold proposait d’examiner les multiples relations que nous fabriquons avec les êtres et choses qui nous environnent pour saisir les multiples façons d’être au monde que nous développons[1]. Il nommait ce programme « the dwelling perspective », en postulant qu’une des grandes affaires des humains en société consiste à créer des liens, des attachements, des contacts harmonieux avec l’environnement et les autres êtres vivants. En revenant quelques années plus tard sur sa perspective[2], il se repent d’une lecture par trop hédoniste, pacifique et consensuelle de l’habiter comme pratique relationnelle, en intégrant dans sa réflexion la politique, les conflits et les difficultés qui affleurent dans des démarches qui sont le plus souvent socialement négociées. La maison, le chez soi, le territoire se posent dans nos vies comme des projets d’amélioration de nos conditions physiques et psychologiques, marqués par l’imagination, les désirs ou la volonté d’émancipation, mais également comme des lieux contestés, aux prises avec la domination économique, les oppositions sociales et les contraintes politiques.

On pourrait décliner à l’envie les pistes de recherche autour de cette perspective renouvelée de l’habiter, mais l’optique du rendez-vous ethnologique de Salagon privilégie les échanges entre les mondes de l’ethnologie, des musées et des acteurs du patrimoine. C’est pourquoi la ligne directrice et transversale de ce rendez-vous est une description des possibles façons d’habiter et de parler de nos logements, nos maisons, nos immeubles, nos quartiers. Elle s’articule avec les regards sur la culture matérielle, les analyses des structures sociales et les expériences muséographiques contemporaines qui irriguent les réflexions du rendez vous depuis sa première édition. Une série de qualificatifs permet alors de réfléchir à la thématique.

Maison matérielle. Habiter c’est créer matériellement un espace où se trouver, rester, dormir. Ces maisons appellent d’abord des descriptions fines des techniques de construction, des choix esthétiques singuliers ou appropriés, des multiples sources d’approvisionnement en meubles et matériaux, de l’intelligence matérielle à l’œuvre, des choix idéologiques, comme dans l’auto ou l’éco-construction et des collaborations entre architectes, techniciens et clients. Elles nourrissent un panorama des postures techniques et symboliques que l’on peut comparer, exposer, publier, et dont on peut suivre l’évolution dans le temps et l’espace.

Maison sensorielle. Habiter c’est engager des corps et des sens dans des lieux, plus ou moins configurés par les humains, qui conditionnent le développement, les transformations et la perception de soi et des autres. Par la mobilisation de l’ensemble des sens dans la construction et les usages des lieux d’habitation, les corps et ses perceptions révèlent les capacités humaines à sentir le monde, mais également l’adaptation biologique à nos environnements. Ils font également jouer différentes formes de mémoire, en mobilisant les souvenirs sensoriels des lieux et participent ainsi de leur représentation.

Maison symbole. Habiter c’est aussi qualifier, élire ou subir un « chez soi » qui renvoie à une identité sociale et culturelle, qui matérialise des orientations politiques, morales ou religieuses. Les lieux de mémoire ou les musées sont une des déclinaisons possibles de ces maisons symbole, mais les maisons de famille, à une autre échelle, jouent également ce rôle d’identification. Habiter c’est ainsi reconnaître le soi et le non-soi, définir le local ou l’exotique, activer des stratégies d’attachement ou se défendre d’une assignation non-consentie.

Maison commune. Habiter c’est construire et entretenir des liens avec des « autres » plus ou moins éloignés : fonder et abriter une famille, rassembler les citoyens ou les fidèles dans un lieu commun, recueillir sous un même toit des gens en difficulté, exalter le soi collectif contre ou avec d’autres collectifs, faire de l’art dans une friche, refonder une société alternative comme pour certains néo-ruraux, mais également entrer dans des dynamiques de voisinage qui impliquent des manière coexister et de partager des lieux communs.

Maison éphémère. Habiter c’est également vivre temporairement dans un lieu, de gré ou de force, sans nécessité ou possibilité d’enracinement à long terme dans un habitat. Le touriste loge à l’hôtel, en Airbnb ou en camping-car, le nomade sous une yourte ou dans une caravane, le randonneur au refuge ou sous une tente, le déplacé dans des camps qui durent, le pèlerin au couvent, le hors-la-loi dans le maquis. Habiter le mouvement et l’éphémère n’est donc pas une situation inhabituelle.

Maison contestée. Habiter c’est prendre place, s’approprier un espace, le défendre contre les autres, le valoriser pour les siens et le conquérir ou le détruire si nécessaire. Des habitants peuvent être délogés par les politiques coloniales, les spoliations au nom du progrès et du développement, les destructions pendant les conflits armés, les crises immobilières du début du XXIe siècle. D’autres s’installent pour défendre un droit minimal au logement et la diversité démocratique comme dans les ZAD, ou souhaitent reconquérir des maisons dont l’héritage est problématique et remet en jeu l’histoire familiale et collective.

Maison racontée. Habiter c’est rendre compte de l’expérience même d’habiter, mettre des mots, des images, des sons sur les épreuves, les sentiments, les cahots, les joies que provoquent notre vie dans un lieu donné. Comment raconte-t-on la vie dans une maison, que montrent les peintres du domestique, quelle place le cinéma accorde-t-il au rapport au lieu de vie ? Les façons de parler de sa maison, de son lieu, de son territoire sont multiples et déploient peut-être des pratiques artistiques et créatives dont il faut mesurer l’originalité et les particularités.

Maison pensée. Habiter c’est réfléchir sur soi. Entre la décoration intérieure, le do it yourself, la geste des « starchitectes » et les pratiques muséologiques se déploie un éventail de modalités de penser pratiquement et de parler théoriquement de nos logements et de nos façons d’y vivre. Le simple fait que nous puissions parler réflexivement de nos expériences, mettre en débat, proposer et expérimenter, ajoute une dimension complémentaire aux seules productions artistiques.

Maison palimpseste. Habiter dans le temps long un espace ou s’y installer au début, c’est modifier les espaces, les circulations, les fonctions, les attributs de sa maison. Au gré des évolutions des technologies, des valeurs morales, des goûts esthétiques, une maison est une page déjà écrite sur laquelle des occupants viennent inscrire leurs propres nécessités et leurs propres modes d’usage. La maison témoigne alors autant de son passé que de son présent et fonctionne comme le palimpseste de nos manières de vivre.

Ces multiples facettes de la maison se croisent et se superposent toujours dans les maisons que nous fréquentons et que nous habitons. Elles permettent de mieux appréhender la diversité de nos manières d’habiter, même si le sujet n’est pas nouveau dans la littérature académique et le monde du patrimoine. La fabrication du « chez soi », les façons d’y vivre, les manières de le transformer dessinent un ensemble de pratiques, de savoirs, de valeurs dont l’ethnologie de l’Europe a tôt fait un objet d’étude central (enquête sur l’architecture rurale, musée des maisons en plein air, intérieurs domestiques). Les musées, de l’archéologie antique dans les musées universels aux period rooms, en passant par les expositions monographiques d’architectes, ont su mettre en exposition les maisons et l’habiter. Les parcs naturels habités ont ouvert de nouvelles voies dans les politiques de conservation. Des centres de recherche travaillent aujourd’hui sur l’espace, l’aménagement, les ambiances urbaines. Des citoyens actifs se battent pour défendre des lieux de vie, des espaces humanisés, des écosystèmes agricoles.

Et chacun de nous, dans la vie quotidienne, parcourt, aménage, valorise son habitat, réfléchit aux façons de mieux y vivre – aidé par Ikea, les vides greniers, les héritages, les envies de faire soi-même et poussé, pour certains, par les urgences climatiques et le destin tragique annoncé de notre planète. L’écart est certes grand entre le napperon de crochet de tante Hélène et la bibliothèque en série suédoise, entre l’envie de repeindre le salon et le désir d’opter pour une maison passive. Mais toutes ces petites choses et ces souhaits parfois inaccessibles nous disent sans doute quelque chose d’essentiel de notre rapport au lieu dans lequel se passe nos vies, notre volonté de maîtriser notre environnement le plus immédiat et le plus intime.

Cyril Isnart, CNRS, IDEMEC (Aix-en-Provence)

Comité organisateur

Jean-Yves Durand, CRIA-UMinho (Braga, Portugal)
Cyril Isnart, IDEMEC (Aix-en-Provence)
Isabelle Laban-Dal Canto, musée de Salagon (Mane)
Antonin Chabert, musée de Salagon (Mane)

Nous invitons ceux que le sujet intéresse, qu’ils soient universitaires, qu’ils travaillent dans un musée ou traitent de la thématique dans un autre cadre, à envoyer une proposition de communication.

Les propositions de communication sont à envoyer à Isabelle Laban-Dal Canto isabelle.laban-dal-canto@le04.fr et Antonin Chabert antonin.chabert@le04.fr


avant le 15 janvier 2019
sous forme numérique (Word), maximum 2 000 signes espaces compris.

Les intervenants retenus seront défrayés (voyage et hébergement).

Musée de Salagon, le Prieuré, 04300 Mane
http://www.musee-de-salagon.com/

[1] Ingold, T. 2000. The Perception of the Environment : Essays on Livelihood, Dwelling and Skill. Routledge, London.
[2] Ingold, T. 2005, « Epilogue : Towards a Politics of Dwelling », Conservation and Society, 3 (2) : 501–508.